POUR LA MAISON DE LA CULTURE

Alors que la campagne pour les municipales entre dans ses dernières semaines, la Maison de la Culture n'est plus guère évoquée comme si les candidats réalisaient que c'est un thème à haut risque. Pourtant cette opération ubuesque lancée dans la précipitation sans que les citoyens soient véritablement éclairés continue. Quatre équipes d'architectes travaillent pour gagner le concours lancé par un maire qui ne se représente pas et laisse à ses successeurs un vilain projet plein d'aléas qui handicaperait gravement leur premier mandat.
C'est grave car à travers l'un de ses symboles c'est le destin de Bourges qui est en jeu.
Alors que l'Etat va privilégier les grandes métropoles régionales pour les hisser à un niveau européen en y consacrant l'essentiel de ses financements désormais étriqués, les villes moyennes réduites ainsi à leurs seuls moyens vont être confrontées à de graves problèmes :

  1. perte de population des centres-villes, leur l'habitat étant devenu peu satisfaisant au regard des besoins des familles d'aujourd'hui
  2. difficultés des commerces de centres-villes, accentuées dans un avenir proche par les obligations d'accessibilité des personnes handicapées
  3. pour Bourges gestion mauvaise du Secteur Sauvegardé.

Ceci après qu'un laisser-faire irresponsable a amené bien des familles à aller dans des lotissements plus ou moins lointains et à se doter de deux voitures. Maintenant vouloir les dissuader de les utiliser en ville montre l'inconséquente légèreté de nombreux élus. Pareillement pour l'anarchie commerciale laissée libre de gaspiller l'espace, enlaidir nos entrées de ville, court-circuiter le cycle naturel de l'eau avec les conséquences que l'on commence à mesurer. Tout cela générant consommation d'énergie et production de CO² annihilant les efforts faits pour les diminuer.  Politiques aberrantes handicapantes pour le futur. Pour celui-ci, à Bourges le tourisme et le développement du pôle universitaire semblent les deux facteurs permettant de conserver, voire développer un rôle que son patrimoine exceptionnel lui permettrait de jouer. Il est donc révoltant que certains aient pu aussi légèrement condamner un édifice qui après la cathédrale est le deuxième symbole de la ville et qu'en cet endroit exceptionnel on envisage de le laisser à l'état de friche-fantôme probablement pour des décennies. Tout cela pour une construction qu'il est mensonger d'appeler Maison de la Culture du XXIe siècle car ce ne sera plus ce lieu multiculturel qu'avait voulu André Malraux. Ce n'est plus la politique du Ministère. Ce sera seulement une Maison de Théâtre et du Cinéma avec des capacités médiocres correspondant aux critères de financement actuels du Ministère. La grande salle avec 700 places en aura 250 de moins que celle démolie, et la petite 200 soit la moitié de l'ancienne. Ces surprenantes faibles capacités correspondent à ce que l'Auditorium et le Hublot récemment construits par la Ville offrent déjà. C'est l'erreur fondamentale qui signifie que Bourges ne pourra plus recevoir les tournées de spectacles qui nécessitent 1200 places au minimum pour offrir des tarifs accessibles n'épuisant pas les subventions. Les Berruyers devront donc aller à Paris ou dans les villes voisines disposant des capacités adéquates. Amère ironie, c'est justement pour accueillir les tournées nationales ou internationales que la transformation de la Maison de la Culture a été lancée. De plus des professionnels disent que les salles de 700 places construites ces dernières décennies sur les directives du Ministère connaissent une désaffection du public démotivé  par l'absence de grands spectacles.
Il y aurait deux salles de cinéma, pas de salle d'exposition. Cela n'empêche par l'adjoint à la Culture de s'enthousiasmer sur cette mirifique Maison de la Culture du XXIe associée au réaménagement de celle du XXe en centre des Congrès qu'il   avait déjà promis d'installer dans l'Hôtel-dieu médiéval toujours inutilisé, comme si Bourges était une métropole de 300.000 habitants en pleine prospérité. Il y vante le restaurant de classe qui aurait une vue sur le parking et les façades de la rue de Séraucourt. La cafétéria de la M.C.B. offrait une plus  belle vision. De plus on se souvient des périodes où elle était fermée car ce n'est pas facile d'être gérant dans de tels établissements comme le golf club de Bourges le montre également. Tout ceci n'a pas été dit par les partisans du déménagement.

Il est  comique que l'on abandonne l'ancienne M.C.B. pour raison de fouilles archéologiques alors que le futur terrain va nécessiter des fouilles archéologiques d'un coût estimé de 2 à 4 millions d'euros. L'histoire mettra au clair l'enchaînement des légèretés successives qui ont généré tout ce gâchis. Qu'un archéologue sollicité pour un devis donne par soucis de prendre en compte tous les aléas possibles et imaginables un chiffre de 1.5 millions d'euros (exorbitant tout de même semble t-il pour 300 m² environ soit 5000 € le m² !) pour une durée de 6 mois.  Qu'ensuite un maire, ex sénateur, ancien ministre  devenu très autoritaire  en  son dernier mandat, bousculant les règles comme l'Ordre des Architectes l'a dénoncé,  refuse cette dépense et fasse que le projet de transformation de  la MCB ne tienne pas compte des vestiges archéologiques est une autre légèreté. Lancer l'opération dans ces conditions était scabreux. Imposer les fouilles réglementaires alors que les entreprises oeuvraient sur le chantier ne pouvaient être que catastrophique, les travaux supplémentaires onéreux, les entreprises en place étant en position de force. Le 1.02.2013 le maire envoyait ses services présenter aux partenaires financiers Etat, Région,  Département, FEDER le surcoût de 6.778 198 € TTC Les fouilles archéologiques grimpaient  à 1.800.000 € soit 6.000€/m² et la durée à  9 mois, les aléas désormais non inclus tout autant. Les travaux complémentaires  de consolidation s'élevaient à 3.528.790 €, les indemnités pour retard, les actualisations des contrats à 2.377.321 €. D'autres imprévus de la programmation initiale incomplète à 872.087 €. Outre tout ce gâchis d'argent le projet perdait 2 millions d'euros de subventions européennes.
Dans ce naufrage les dissensions entre différents services du Ministère jouèrent un rôle si l'on en croit l'article du journal Le Monde intitulé "l'Etat entreprise de démolition".
Les Berruyers furent stupéfaits, choqués par l'abandon et le transfert  sur un autre site décidé dans la précipitation sans concertation pour un problème aussi grave par un tout petit groupe de responsables. Dans un flou total sur le programme, les financements, les conséquences patrimoniales et environnementales  ils reçurent une avalanche d'affirmations non étayées et quelques contre-vérités. Ainsi dans le Moniteur des Travaux Publics et du  Bâtiment un communiqué disait que l'avantage du nouveau projet était qu'il offrait davantage de capacités de stationnement ce qui ne pouvait tromper que les personnes méconnaissant le site car ce sera inévitablement l'inverse.

Autre aspect ubuesque du projet : il envisage sa construction sur un terrain jugé remarquable par la Commission Nationale  des Sites, raison pour laquelle  l'Ecole de Musique envisagée là  un temps fut déplacée rue Henri Sellier. L'esplanade Séraucourt est un beau site légué par le XVIIIe siècle avec sa perspective sur le Château d'Eau réglée par ses alignements d'arbres. Conscient de ses qualités urbaines et paysagères je suis scandalisé qu'on l'ait déclassé dans le dernier Plan Local d'Urbanisme, ce qui ne fut pas signalé lors des réunions auxquelles j'ai participé et que l'on abattrait un tiers de la masse arborée du site pour le bâtiment, ses accès et son chantier.  Immanquablement les alignements seront affectés par le parvis et les accès du nouveau bâtiment. Ceci sans parler du surcoût généré par les fondations spéciales à travers les remblais de pierre des monuments démolis aux 17 et 18e siècles.

Le Ministère de la Culture ne peut se cantonner à veiller  sur la forme à ce que les procédures réglementaires soient respectées. Deux projets calamiteux pour la Chambre de Commerce et d'Industrie au pied de la cathédrale malgré leurs approbations administratives furent finalement annulés l'un par le scandale public l'autre par le fait du prince. La Ministre doit sur le fond éviter l'irréparable. C'est ce que Malraux, alerté par des architectes américains, fit pour sauver la Villa Savoye icône de l'architecture du XXe siècle de Le Corbusier face à sa démolition programmée par des administrations françaises.

Qu'en un lieu aussi crucial entre le haut de la ville, la cathédrale, la Préfecture, l'Hôtel de Ville, le Conseil Général et le principal et plus proche parking on puisse laisser vide pendant des décennies cet imposant monument de notre Patrimoine, ne pourra qu'heurter les touristes et les Berruyers. Car continuels sont les piétons qui entre leur travail, les affaires à traiter, les visites et leur voiture passent à cet endroit où entre-eux et les voitures également nombreuses s'est instauré une bonne pratique de courtoisie. La Maison de la Culture est implantée en ce  lieu qui est  exceptionnel par sa situation, son ouverture vers l'espace à l'Ouest, les soleils couchants mais qui  n'est pas exploité.
Le triste aspect du haut de la rue moyenne dite Jacques Rimbault demanderait à être remodelé, vivifié. C'est là que le concours devait se situer avec pour programme comment loger ce que les murs actuels ne pouvaient plus contenir.C'est ce que, architecte dans cette ville (grâce à la M.C.B. qui fut une des raisons de ma fixation),  j'ai voulu montrer possible par mes propositions bénévoles. La Ville ne doit pas s'engager dans un investissement de 29 millions dont certains seront consacrés au saccage d'un site mais réouvrir au plus vite cette Maison fermée depuis trop longtemps car elle peut recevoir économiquement les salles de cinéma, d'exposition, de réunion, de répétitions.
L'extension ne doit pas être considérée comme seulement des salles pour la Maison de la Culture mais la création de ce lieu de vie urbaine essentiel pour la rendre attractive à ses habitants, ses étudiants, ses touristes, ses congressistes. Le Ministère de la Défense pourrait trouver avantage à  partager, céder une partie de son site, l'opération valorisant son mess et sa terrasse qui pourraient devenir un des pôles de ce lieu de vie. D'autres architectes auraient pu proposer d'autres solutions. La mienne est la création d'un foyer enjambant les fontaines  et architecturant la place du 8 mai lui  offrant une superbe vue que la transparence conserverait à la terrasse du jardin de l'Archevêché. Encadrant les voies et la vue, deux cafés restaurants avec de belles terrasses complèteraient le café existant place du 8 mai offrant les lieux d'accueil appropriés. L'absence dans ce secteur d'habitat résidentiel permettrait d'y tenir une vie de soirée éventuellement prolongée. Le grand parking aux multiples accès étant un atout majeur. La Maison de la Culture qui en serait  le phare serait revivifiée par cette fréquentation du lieu. Pour résoudre le problème des salles je propose une solution innovante: associer deux salles dotées de balcons bénéficiant du même espace de scène et d'arrière scène. Une cloison coulissante les séparant ou les réunissant offrirait avec souplesse d'utilisation une gamme de capacités adaptées aux besoins des spectacles.

  1. 240 places
  2. 420 places
  3. 676 places
  4. 916 places
  5. 1096 places
  6. 1336 places

Des congrès se tenaient dans la M.C.B. du temps de Gabriel Monnet, il serait désormais plus aisé d'y attirer les congressistes, séduits par la concentration de lieux remarquables dont la cathédrale toute proche.

Sur le flanc des espaces techniques rue Jacques Rimbault en face de l'Hôtel de Ville un espace commercial trouverait sa place animant et valorisant cette zone actuellement ingrate et pourtant très passante. La location de ce lieu, et les loyers des deux cafés restaurants contribueraient au budget de fonctionnement de la Maison de la Culture, comme des panneaux photovoltaïques invisibles de la rue et de la tour de la cathédrale.

Je propose que le bâtiment de l'ex-Ecole de Musique vide depuis des années devienne une résidence hôtel pour les artistes. Je suis irrité que les enseignants de l'Ecole des Beaux-Arts arrivent le matin et repartent le soir à Paris. Des studios ateliers simples, économiques, pourraient inciter des artistes, des plasticiens, des musiciens à séjourner à Bourges et contribuer à la richesse des échanges avec les Berruyers, les jeunes, les étudiants que l'on souhaite conserver ou attirer à Bourges.  Avec son école d'Art et sa Box ces lieux de vie urbaine créés, la MCB rénovée compléterait ce que le travail admirable pour les jeunes qu' Emmetrop, Bandits-Mages et l'Ecole du Cirque font à la Friche l'Antre-Peaux.  Ainsi la  vocation culturelle reconnue de Bourges, riche de son patrimoine architectural qu'il faudrait mieux valoriser comme les collections de ses musées,  pourrait prendre toute son ampleur assurant ainsi son avenir aux plans régional, national et international.

 

5 mars 2014